L’âgisme envers les enfants, adolescents et jeunes adultes

*Cet article peut être sujet à des modifications au fur et à mesure de l’avancée de ma réflexion*

En discussion Facebook avec des membres de ma famille, on en arrive à me dire « Vis ta jeunesse et deviens adulte ». Euuh, ça veut dire quoi ça ?

Cette réflexion, en fait, c’est de l’âgisme. L’âgisme, c’est « une attitude ou un comportement de discrimination, de ségrégation, de mépris ou de dépréciation envers un individu ou un groupe d’individus en raison de leur âge ». Il est basé sur des préjugés, peut être plus ou moins fort, mais clairement, on n’en parle pas assez.

L’âgisme est principalement dirigé contre les jeunes ou les personnes âgées. Des exemples ? « Les jeunes sont inconstants », « les vieux n’aiment pas le changement », « tu comprendras quand tu seras plus grand », « ce sont des affaires de grandes personnes ».

Je pense que l’âgisme, comme le racisme ou le sexisme, naît de l’amalgame. Ainsi, sur le modèle du type « parce qu’un musulman a fait exploser une bombe, alors tout les musulmans font exploser des bombes », on peut entendre des « ce jeune apprentis roule vite, alors tous les jeunes apprentis roulent vite ».

De toutes manières, regrouper les personnes dans des catégories, sauf si ces personnes ont choisi de se définir comme entrant-e-s dans cette catégorie (comme je l’explique dans cette vidéo) n’a jamais été une bonne idée. Toi, et seulement toi, possède le droit et le pouvoir de te donner des étiquettes et de te ranger dans des catégories.

Ne subissant pas l’âgisme envers les personnes âgées, je vais parler au nom des enfants, adolescents et jeunes adultes qui subissent des remarques âgistes et les problèmes que cela entraîne. Peut-être un jour viendra un article sur l’âgisme envers les personnes âgés qui peut être tout aussi violent, si ce n’est plus. En attendant, cette forme d’âgisme est beaucoup plus connues et développée. Tu pourras donc plus facilement trouver de la documentation à ce sujet.

2 - Puigderros (19)

L’âgisme envers les jeunes enfant-e-s

L’âgisme envers les jeunes enfant-e-s est probablement l’un des plus présent et celui contre lequel nous luttons le moins, parce que les enfant-e-s n’ont aucun réel pouvoir de contestation contre ces remarques, mais aussi parce que cela nous paraît logique de les considérer comme moins forts et moins intelligents. Alors que nous voulons les faire évoluer, nous passons notre temps à leur dire qu’ils sont trop petits pour comprendre et à ne pas leur expliquer tel ou tel chose lorsqu’ils posent des questions pertinentes.

Certes, nous n’expliquerons pas une chose de la même manière à un-e enfant-e de 4 ans qu’à un-e enfant-e de 10 ans. Mais cela ne doit pas être une excuse pour ne pas leur expliquer un fait. Iels sont capables de faire des liens très pertinents entre différents mots, objets, gestes et cela se répercutera toujours à l’âge adulte. Je pense ici particulièrement à la sexualité. J’ai toujours trouvé ça absolument ridicule d’expliquer à un-e enfant-e qu’une cigogne apportait les bébés. Quel sens ? Quel intérêt ? Pourquoi leur cacher que deux individus peuvent s’aimer très fort au point de vouloir se faire de très gros câlins, nu-e-s, pour avoir un-e bébé ?

J’ai lu récemment sur un forum le témoignage d’une maman dont le petit garçon pleurait énormément de tristesse quand iels ont du jeter leur lave-linge ne fonctionnant plus. L’enfant ressentais de l’attachement pour cet objet, et de la sensibilité. Une remarque lui a été faite par une autre membre de la famille comme quoi il ne fallait « pas pleurer pour ça ». Mais en faisant ce genre de remarque, ne retire-t-on pas la sensibilité présente chez les enfants, sensibilité qui disparaîtra en grandissant. Pourtant, je considère que cette sensibilité chez l’enfant est importante et merveilleuse. Elle permet à l’adulte qu’iel deviendra de développer un certain altruisme, de la solidarité, de l’amour, d’apprendre à se mettre à la place des autres et à aider celleux qui l’entoure.

Plus grave que les remarques, il arrive encore trop souvent que l’âgisme envers les jeunes enfants, et adolescents également, se traduise par de la violence (oui, oui). Parce qu’un enfant est jeune et sans défense, il est facile de s’en prendre à lui sans représailles directes, il est facile quand nous en avons marre de donner une gifle ou une fessée à un enfant pour qu’iel arrête de pleurer. Mais ces gestes qui, en plus d’être, je le rappelle, punis par la loi, sont violents et humiliants. Et en aucun cas, jamais, cela apprend à un enfant de devenir un adulte responsable et non-violent.

L’âgisme envers les adolescents

Les adolescents sont sujets à de nombreux préjugés, à de nombreuses remarques et critiques au quotidien. Comme si les remarques de leurs camarades de classe ne suffisaient pas, viennent s’y joindre des réflexions de la part des adultes qui les entourent : les parents, les professeurs, la famille et parfois même les inconnu-e-s dans la rue. C’est dire à quel point être un-e adolescent-e-s peut être difficile à vivre.

Situé entre le monde de l’enfance et celui de l’« âge adulte », les adolescent-e-s sont tantôt pris pour des « enfants », tantôt pour des « grands ». Comment peuvent-iels s’y retrouver parmi toutes ces identités différentes qu’on leur attribut ? Un jour mis à la table des enfants dans les repas de famille et le lendemain placés à la table des adultes, iels ont de quoi s’y perdre, alors qu’iels sont déjà dans une période souvent assez difficile à vivre. Arrêtons de leur imposer trop de choses ou pas assez.

Tu trouveras à la fin de cette article des liens vers des lectures que j’ai trouvées pertinentes et je voulais m’attarder particulièrement sur cet article parlant des artistes adolescent-e-s non pris au sérieux. Voici quelques uns de leur propos : « Quand les gens pensent aux ados, ils pensent qu’on est immatures, fainéants et pas assez intelligents pour produire de l’art », « Je me sens comme si les attentes sont plus basses pour moi, car je suis jeune, ça me donne l’impression que je ne suis pas une vraie artiste », « Les gens pensent automatiquement qu’un adolescent n’a pas une grande expérience de la vie, mais il faut réaliser qu’il y a des jeunes qui passent par énormément de choses avant même de rentrer dans l’adolescence ».

L’âgisme envers les jeunes adultes

J’ai eu 18 ans le 24 août 2016. Je suis une jeune adulte. Mais dans « jeune adulte », il y a bien le mot « adulte », non ? Alors pourquoi ne me considère-t-on pas (toujours) comme telle ?

On me dit souvent que je suis « jeune et utopiste », que je « changerai d’avis en grandissant ». Mais qui es-tu pour me dire ça ? Tu prétends que je ne suis pas assez cultivée/intelligente/n’ai pas assez d’expérience (rayer les mentions inutiles) pour comprendre le monde dans lequel je vis ?

Le fait est que nous ne vivons pas tous les mêmes expériences et n’apprenons pas les mêmes choses. Ni au même moment. Alors il y aura toujours des jeunes de 18 ans bien plus adultes que des personnes qui en ont 40, tout simplement parce qu’ils n’ont pas le même vécu, les mêmes savoirs et les mêmes expériences.

La facilité de discriminer et de décrédibiliser la parole d’un-e jeune sous prétexte de son âge s’avère être totalement dénuée de sens et permet simplement à la personne discriminante de montrer sa supposée supériorité sans arguments fondés.

D’ailleurs, c’est bizarrement lorsque la personne n’a pas, ou plus, d’arguments valables qu’elle s’attaque à des attributs non volontaires, tels que l’âge, le physique ou le sexe.

L’âgisme envers les jeunes adultes se traduit dans le milieu professionnel par le « manque d’expérience ». Mais.. A quel moment les jeunes peuvent-ils avoir de l’expérience si personne ne leur laisse l’occasion de s’en faire ? Je n’ai pas d’expérience, donc tu ne m’embauches pas, mais je tu ne m’embauches pas, donc je n’ai pas d’expérience. C’est un cercle vicieux qui entre dans la boucle du chômage massif des jeunes (en 2014, les 15-24 ans en France métropolitaine subissait un taux de chômage de 23,4% selon l’INSEE).

Toujours dans la catégorie d’accès à l’emploi, nous pouvons parler de trouver une place en apprentissage pour un-e adolescent-e ou un-e jeune adulte. Si tu as déjà été dans cette situation -et j’y suis actuellement-, tu sais à quel point il est difficile de trouver un patron d’apprentissage, parce que « tu auras besoin de tout apprendre, et je n’ai pas le temps pour ça », « tu n’as pas d’expérience ». On en revient donc toujours à ce point ?

Un autre exemple d’âgisme, ici mêlé à du sexisme, est la remarque faite à une femme de moins de 30 ans qui ne veut pas d’enfant. On lui reprochera souvent qu’« elle est trop jeune et qu’elle en voudra en grandissant ». Mais la non-envie d’avoir des enfants peut être réellement et mûrement réfléchie, même par une femme de 20 ans. Le fait d’avoir des enfants est quelque chose qui est considéré comme « normal », comme quelque chose dont tout le monde devrait avoir envie dans notre société actuelle. Pourtant, de nombreux arguments valables sont cités par les personnes ne souhaitant pas avoir d’enfant, et cela ne vient pas seulement du fait que les concernées soient « trop jeunes ».

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L’âgisme peut entraîner de réelles conséquences, que ce soit sur les enfants, adolescents, jeunes adultes et personnes âgées. De la peur ou l’envie de changer d’âge au sentiment d’exclusion de la société, de la haine envers une certaine catégorie d’âge au rejet professionnel en passant par l’instauration d’une gérontocratie (un article arrivera probablement dans un futur plus ou moins proche), les effets de l’âgisme sur les individus, la population et la société sont nombreux. Et, en plus d’être omni-présent, l’âgisme est plus que banalisé.

Que l’on soit enfants, adolescents ou jeunes adultes, nos paroles, nos idées, nos envies et nos opinions ne sont pas prises au sérieux ou sont décrédibilisées par l’adulte type privilégié, souvent d’ailleurs l’homme cis blanc d’une quarantaine d’années.

 

Pour piqure de rappel :
  • Articles 225-1 à 225-4 du Code Pénal : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de […] leur âge », « La discrimination commise à l’égard d’une personne physique ou morale, est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsqu’elle consiste : 1° A refuser la fourniture d’un bien ou d’un service ; 2° A entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque ; 3° A refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ; 4° A subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service […] ; 5° A subordonner une offre d’emploi, une demande de stage ou une période de formation en entreprise […] ; 6° A refuser d’accepter une personne à […] un […] stages […]. Lorsque le refus discriminatoire […] est commis dans un lieu accueillant du public ou aux fins d’en interdire l’accès, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 euros d’amende. »
Lectures complémentaires :
Sources et enrichissement de réflexion : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Agisme.htm ; https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82gisme#.C3.89tymologie ; https://www.bdm.insee.fr/bdm2/affichageSeries?anneeDebut=1995&anneeFin=2014&recherche=criteres&codeGroupe=1471&idbank=001664993 ; https://vegeweb.org/prix-de-la-remarque-agiste-envers-les-enfants-t17873.html?hilit=agiste ; https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=13F577ED5C34FD7309EF26353592E4A2.tpdila07v_2?idSectionTA=LEGISCTA000006165298&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20170607

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4 commentaires sur “L’âgisme envers les enfants, adolescents et jeunes adultes

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  1. Oui, j’ai vu Captain Fantastic et j’avoue qu’en y repensant, tu as bien raison. Les enfant-e-s sont tous traité-e-s de la même façon selon leur âge, et iels ne sont pas sous-estimé-e-s ! 😄

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